Claire Mauriac, le roman d'une mère

Pour ce premier article sur le blog, je souhaitais présenter le livre que je viens de dévorer. Il s'agit de Claire Mauriac, le roman d'une mère, écrit par ma collègue guide Anne Duprez.

Claire mauriac le roman d une mere

Ce livre est une biographie romancée de la mère de François Mauriac, écrivain bordelais prix Nobel de Littérature. C'est un récit à la fois vivant et touchant, très bien documenté et romancé juste ce qu'il faut pour vous transporter dans une autre époque, et surtout, dans une autre famille. Vous vivez ainsi de l'intérieur les joies et les drames familiaux, ceux qui font et défont les caractères, ceux qui marquent et transforment les personnes.

Anne Duprez a passé un an à se documenter à droite à gauche afin de nous livrer ici un monument de sincérité. Le plus touchant, ce n'est pas tant toutes ces très nombreuses lettres déterrées dans les archives Municipales ou bien au Centre François Mauriac de Malagar, et dans lesquelles transparait l'amour inconditionnel que se portent les personnages les uns aux autres, mais bien l'oeil bienveillant de l'auteure qui, au fil de cette année, on le sent, a appris à connaître et surtout à aimer tous ses protagonistes, qu'ils soient parents, époux, frères et soeurs, enfants ou cousins. A la lecture de chaque nouvelle lettre, à la découverte de chaque nouvelle pièce, Anne s'est petit à petit fait une place au sein de cette grande famille. Une place d'observatrice privilégiée. Elle a ainsi pu profiter de la quiétude du chalet "arcachonnais" que Claire a fait construire à Saint-Symphorien, et qui sert désormais de résidence d'écriture ; s'imprégner de l'atmosphère des lieux, de la volonté d'une femme d'y créer un espace qui lui est propre, et qui a pour vocation de rassembler. Hier comme aujourd'hui.

A travers cet ouvrage d'une rare sensibilité, c'est non seulement le portrait d'une femme forte qu'Anne nous dresse, mais aussi bien le portrait d'une ville, d'une époque, d'une société. Au-delà de l'aspect proprement biographique de l'oeuvre, ce qui m'a captivée à la lecture ces pages, c'est d'avoir l'impression d'y être. On entre dans ce livre comme on entre chez soi, et on redécouvre ainsi une ville si familière, et pourtant si différente.

 

"[Bordeaux est en pleine mutation.]

Raymond Coiffard l’a bien compris, lui l’homme de progrès. Il sait que Bordeaux est la ville où il faut être. Lui, de qui on répète à l’envie qu’il s’est « fait tout seul », est un cadet de famille, qui a saisi l’opportunité de faire sa place à part. Lui, le fils de boulanger, le frère d’un négociant en grains et farines, se choisit un territoire commercial atypique. Lui, en guise de sacerdoce, choisit la nouveauté.

Marchand de nouveautés ! Voilà une profession qui claque comme une oriflamme ! Depuis les années 1830, le métier se développe dans les grandes villes. […] à Bordeaux, les premiers magasins de nouveautés apparaissent en 1842. Ils ne sont que 3, et déjà, parmi eux, figure le nom de Raymond Coiffard." p.17

 

Ce passage n'est qu'un avant goût de la vie trépidante du magasin de nouveautés, le Magot, du père de Claire, que l'on découvre dans les premières pages. La vivacité de ces passages m'a littéralement happée ! Et moi qui documentais alors ma visite "Le shopping et la mode à Bordeaux à travers les âges", c'était du pain béni !

 

Que rajouter, si ce n'est qu'Anne a immédiatement accepté de partager avec moi le fruit de ses recherches, et notamment tous ses visuels, concernant le Magot pour agrémenter ma visite. C'est aussi une des premières guides auprès de qui je me suis formée en débutant à Bordeaux. Très bonne pédagogue, toujours prête à expliquer, donner des conseils ou partager sa bibliographie, Anne est aussi vice-présidente de l'association des guides d'Aquitaine. Le coeur sur la main, le coeur sur la plume.

 

A quand le prochain ??